Wesh Gros Chapitre 1 était né de ma rencontre avec une bande d’adolescents sur une place de la ville d’Aniche dans le Nord. Je les avais filmé durant un été (voir Wesh Gros Chapitre 1) puis ponctuellement au cours de des années suivantes.
Au moment d’accompagner la sortie au cinéma de mon dernier docu Toubib, j’en ai profité pour reprendre contact avec « les anciens de la jeunesse » (expression trouvée par Ahmed), afin de les inviter aux projections dans leur région. Je retrouve Valentin à Limoges, Alix à Agen et Lucie à Montpellier.
Je les avais laissés post-adolescents : rigolards, insouciants, grégaires, souvent surexcités ou parfois totalement apathiques, en pleine rébellion contre leurs parents… en bref, encore des gamins. Je les retrouve adultes. Pas forcément différents en profondeur, mais plus affirmés, singuliers dans leurs trajectoires. Ils avaient 14-15 ans lorsque je les ai rencontrés ; ils approchent maintenant les 25 ans. Ils ont déjà exploré quelques voies, fait leurs propres choix et commencent à tracer leur sillon. Et surtout – ce qui est essentiel à mes yeux – je ne perçois aucune trace de résignation.
Le projet Wesh Gros peut donc, naturellement, continuer, mais forcément différemment. Je me prends à fantasmer une multitude de films autour des mêmes protagonistes, sur une durée indéterminée. Ces 10 années passées et les 5 films déjà réalisés ne représenteraient finalement que la partie émergée de l’iceberg en devenir.
Le groupe initial n’existe plus, les individus restent. Les films à venir doivent eux aussi trouver leur indépendance : un film par jeune au départ, sûrement davantage plus tard. Des sujets susceptibles de se déployer dans plusieurs directions, et de nouveaux personnages qui pourraient émerger.
Alors que les films précédents partageaient une esthétique commune – les films de la place et les films de discussions dans le parc, souvent montés en plan-séquence – la forme des prochains films variera sans doute considérablement, en fonction des personnalités, des lieux et des activités de chacun.
La perspective même d’un projet qui désormais pourrait s’étendre à l’échelle d’une vie rend le titre actuel « Wesh Gros » caduque, il pourrait être remplacé par le titre générique : « Chroniques ».
L’esprit de ce que j’aimerais accomplir trouve une résonance dans l’approche du dessinateur de BD Chris Ware et son projet Acme Novelty Library, qui regroupe, sous un même corpus, des livres aux formats changeants, organisés autour d’un réservoir de personnages. Ces personnages, comme choisis au hasard, peuvent, selon les volumes, se croiser, passer du premier au second plan, ou bien vivre une histoire totalement indépendante. Chris Ware explore ainsi les vies dans leur absence de spectaculaire, révélant leur singularité et, par là même, leur universalité.
J’envisage ainsi le projet « Chroniques » comme une collection, un corpus de films, dont chacun a pour finalité d’être produit et diffusé, mais à un rythme forcément irrégulier et sur une très longue période. Une sorte de saga documentaire.






