La Maison du Directeur

Zoo Project / Antoine Page

La société de production La Maison du Directeur est née de l’achat de la maison éponyme. La même année je rencontre Bilal Berreni, alias Zoo Project, et nous nous lançons dans ce qui allait devenir le film C’est assez bien d’être fou. Bilal fait partie de l’esprit du lieu.

On a commencé à travailler ensemble à la minute où on s’est rencontrés. On ne savait pas ce que faisait l’autre et on était déjà en train de discuter du film à venir. Je parle trois mots de russe, on partira en Russie ; on n’a de permis ni l’un ni l’autre, on partira en camion. On n’a pas un rond, on ira jusqu’à Vladivostok.

2010-2013. Quatre années de collaboration. Deux ans de vie commune — terme impropre. Bosser tout le temps — terme impropre aussi.

Gamberger, fantasmer, avoir des idées, parfois les mêmes en même temps, rebondir sur celle de l’autre, les concrétiser, puis passer à la suivante. 

Se nourrir avec avidité de ciné, BD, expos, musique. Se shooter au génie des autres. Planer. 

Ne pas se laisser le temps — ni la possibilité — de douter. De toute manière on verra bien ce que ça donne. Et toujours en faire des tonnes.

Ne pas diriger.
Ne pas avoir à expliquer.
Bon Dieu, ne pas expliquer — mais quel bonheur.

Ne parler que projets. Du comment, jamais du pourquoi. Ne jamais théoriser.

Aucune psychologie, aucun frein. Des bourrins.

Partir sans visa pour la Russie sans se dire que ça pourrait être légèrement problématique.

Penser changer le monde, et même pas être foutus de changer un pneu.

Alors oui, se la péter un peu aussi et « dédaigner d’être le lierre parasite, lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul, ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ».

Sauf que là on est deux, et que pour la première fois on défend un projet commun. La sensation d’être invincibles. Et parfois aussi la possibilité de se reposer sur l’autre.

Manger pendant quatre mois des sardines, du Kiri et du Nutella et y prendre tellement plaisir.

S’épuiser dans la surenchère permanente, mais être incapable de faire autrement. 

Picoler une bouteille d’Arbois (parce qu’on a oublié l’eau) en plein désert de la mer d’Aral en se disant qu’une fois à Vladivostok on pourrait embarquer sur un brise-glace pour Sakhaline.

Me retrouver, moi, parfois, à être le plus raisonnable !

Se prendre la tête, tellement.
Et alors.

En quatre ans de collaboration, ne jamais entendre de l’autre : « Tu crois ? C’est pas un peu disproportionné ? À côté de la plaque ? T’es sûr que c’est faisable ? »

Ce qui n’empêchait pas qu’une fois lancé, l’idée en question pouvait s’avérer disproportionnée, infaisable, à côté de la plaque.

On s’en foutait, on l’avait tentée. Et de toute manière on était déjà passé à autre chose.

Je te souhaite assurément de ne pas reposer en paix.

Tu ne l’as jamais été.

Et ça avait sacrément de la gueule !

Les projets menés ensemble, les participations au projet de l’un ou de l’autre durant nos quatre années de collaboration, sont présentés dans cette section « Zoo Project ».

avec Anna olekhnovych à Odessa
Mer d'Aral